Le plan pauvreté : aider les pauvres en même temps que les riches ?

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La France compte entre 5 et 8,8 millions de pauvres selon la définition adoptée. Entre 2006 et 2016, le nombre de personnes concernées a augmenté de 630 000 personnes au seuil à 50 % et de 820 000 au seuil à 60 %. Principalement sous l’effet de la progression du chômage.  Les années 2000 marquent un tournant de notre histoire sociale. La pauvreté avait fortement baissé depuis les années 1970 jusqu’au début des années 1990. Depuis, on n’assiste pas à une explosion de la pauvreté, mais à l’inversion d’une tendance historique.

La pauvreté est une mesure des inégalités puisque la référence est un pourcentage du revenu médian qui sépare la population en 2 : la moitié gagne plus, l’autre moins. Quand le taux de pauvreté s’accroit, cela signifie que l’écart se creuse entre les plus pauvres et les couches moyennes.

Le plan annoncé le 12 septembre par le président de la République montre une grande continuité avec le précédent plan quinquennal de la présidence Hollande : prolongation des territoires zéro chômage, extension de la « garantie jeune » et de la CMU. L’accent mis sur l’insertion rappelle aussi la logique du revenu minimum d’insertion (RMI) créé sous Michel Rocard en 1988… Comme quoi le « vieux monde » n’avait pas toujours tort.

La rupture, pardon la « disruption », c’est l’arrêt de la revalorisation des minimas sociaux qui restent très en deçà du seuil de pauvreté : un RSA s’élève aujourd’hui à 551 € alors que le seuil de pauvreté est à 846 € pour une personne seule. La prévention de la pauvreté en se concentrant sur les enfants va dans le bon sens. Toutefois, il ne suffira pas de distribuer des petits déjeuners à l’école pour sortir les enfants de la pauvreté. S’ils sont pauvres c’est d’abord parce que leurs parents le sont aussi.

Enfin, la grande annonce de revenu universel d’activité n’a d’universel que le nom. Il s’agit en réalité de fusionner plusieurs prestations sociales, le RSA et les aides au logement (APL) en particulier. Cela peut éventuellement simplifier la vie des allocataires mais il ne résout rien à leur situation.

De quoi les pauvres ont-ils besoin ?

Pour réduire la pauvreté, il faut d’abord en finir avec le misérabilisme. Il faut à la fois prévenir et soutenir : augmenter les prestations et agir sur le long terme, notamment par l’emploi et l’éducation. Le premier acte d’une politique de lutte contre la pauvreté devrait être d’assurer un revenu minimum à tous les jeunes de 18 à 25 ans, majeurs pour voter, mais non pour manger. La majorité qui s’en chargera marquera l’histoire sociale de notre pays.  Il faut aller au-delà. Les familles monoparentales devraient être mieux soutenues et l’ensemble des minimas revalorisés. À la fin du quinquennat, les minima sociaux perçus par les personnes handicapées et âgées devraient être deux fois plus élevés que ceux du reste des personnes démunies, un écart injustifié.

Le deuxième acte serait d’offrir un emploi à tous ceux qui le peuvent plutôt que d’« inciter à l’activité » comme si les pauvres étaient tous des fainéants. Encore un paradoxe du gouvernement qui en même temps sabre dans les emplois aidés, obligeant les personnes à se retourner vers les minimas sociaux dont le nombre progresse cette année alors qu’il avait décru depuis 2015.

Le « pognon de dingue » n’est probablement pas là où on le croit : le gouvernement a su trouver 5 milliards d’euros de baisse d’impôt pour 300 000 riches mais il dégage laborieusement 2 milliards d’euros par an pour les plus modestes.

Noam LEANDRI, président de l’Observatoire des Inégalités

www.inegalites.fr

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